Les Cendres d'Alésia

Découvrez un Royaume dévasté par la guerre où s'affrontent nombre de créatures fantastiques et sanguinaires. Créez votre destinée, ramenez la paix ou engendrez encore plus de chaos...
 
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 ...Ombre et Secret... [Pv Trauma-Nakan Strix]

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Harmantaro Silok
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MessageSujet: ...Ombre et Secret... [Pv Trauma-Nakan Strix]   Lun 28 Juin - 0:26

Je marche dans les terres sombres...

Le temps s'écoule, inaltérable et insignifiant, entre cet instant révolu ou je quitte les plaines verdoyantes sans horizon d'Alésia pour entrer dans une région désertique et glacée, enchevêtrement de roches affutées et de sable gris, sans aucune route véritablement praticable, qui se fissure, se déchire et se traine, immobile, jusqu'au contrefort de la chaine montagneuse du Nord de l'Edelweiss. Sait-on vraiment si les deux massif ont une commune origine ; non, cependant les hommes n'osent guère nommer ces pics obscures, bien plus menaçants que ceux de tout autre endroit reculé du monde et où nul ne s'aventure. Lorsque je m'en rapproche, lieue après lieue, je les vois et les envisage pour ce qu'ils sont : des remparts, vertigineusement hauts, qui protègent et dissimulent un royaume inconnu. Isolé, mystérieux. Effrayant et grandiose, sombre et torturé à l'image de ses habitants.

Le royaume des Anges déchus...

Une seule et unique porte, infranchissable, protégée par la complexité de ses arcanes et rouages, probablement aussi par quelque forteresse cachée dans les environs. Nul ne peut entrer, pour peut qu'il ne soit pas invité. Et je m'invite moi même dans bien des domaines...
Détruire n'est pas mon but, aussi je me contente d'observer chaque pouce des gravures cabalistiques qui recouvrent les battants, chaque aspérités. Lorsque la certitude est acquise et la concentration suffisante, je m'élance. Je bondis et agrippe un rebords d'obsidienne, me projète vers le haut alors que les mécanismes de défense s'enclanches derrière moi. J'escalade aussi vivement que possible, usant de figures acrobatiques délicates et d'une célérité hors du commun pour rester en contact avec la matière aussi peu souvent que j'y parvient tandis qu'un concert d'arcs bleutés éclatent au fil de mon ascension. Je sens les courants éthériques frôler mon visage, mes mains, sans toutefois parvenir à me frapper. J'atteins l'arche d'un ultime bond, roule sur la surface polie avant de me rétablir et de courir sans m'arrêter jusqu'au bord opposé, toujours poursuivit par le déchainement d'energie. Plus qu'un pas, une impulsion, et je m'élance bras tendu dans le vide.

La vision gravé sur mes rétines malgré la précipitation contrôlée de cette progression m'arrache un frémissement. Une étendue vaste au delà de l'imaginable, terres nues et lacs gelés, désert sans vie percé de flèches rocheuses de plusieurs dizaines, centaines de mètres, semblant vouloir crever des cieux lourds, presque aussi noirs que durant une nuit profonde, mais piquetés d'étoiles en légions pâles et contemplatives. La voute celeste apparait plus haute ici, plus éloignée de la terre. La vallée encerclée par les murailles cyclopéennes semble figée dans une attente inquiète, encore accentuée par un silence que l'on ne saurait briser, bruit et parole devenus soudain sacrilèges. Ainsi sont les terres sombres, immensités oppressantes où chaque souffle de vent apporte l'odeur étrange de la magie et où l'atmosphère toute entière est chargée de ténèbres...

Ma chute se ralentit et j'atterris avec douceur dans un infime soulèvement de sable et de poussière. Je m'avance sans hésitation, sans hâte toutefois. Une longue route m'attend même si se profile déjà mon objectif final. Contre la masse obscure des nuages, à des centaines de lieues de ma position, se détache une silhouette plus sombre encore. Un roi des ténèbres, de la splendeur et de la folie... dressé sur son trône de marbre noir et de granit arraché au corps de la montagne, dominant les terres sombres dont il éclipse même le gigantisme dément par sa présence terrible et impérieuse...

Le Pandémonium...

Le siège celeste des immortels déchus, la grande forteresse de leur royaume et l'achèvement parfait de leurs rêves ténébreux.
C'est là que je dois me rendre, afin que se déroule un autre acte de la grande oeuvre que je trace avec une patience infinie...

...
Je marche dans les terres sombres.
Le paysage inhospitalier défile, heure après heure, tandis que je me rapproche de l'ombre de la citadelle. Parfois, le feulement de quelque bête extravagante se fait entendre, tantôt lointain, tantôt extrêmement proche, sans que pourtant je ne sois la cible d'un attaque. Les fauves sont loin d'être stupides...
Les roches se font plus hautes, friables. Des frémissement aériens annoncent la présence d'immortels, des patrouilles probablement, mais aucune ne détecte ma présence. Nul ne s'étonne de voir un Shantak parcourir avec célérité les ravins et plateaux, même si la réflexion ferait trouver curieux cette détermination qui semble le pousser toujours plus en avant vers l'intérieur du royaume, jusque sous le centre du Pandémonium, à bien des distances au dessus du sol. Inaccessible.
Sans ailes, il serait futil de chercher à poser pied dans les lointaines ruelles et places de la cité ; cependant, il existe bien des façons d'atteindre ce qui ne peut l'être...

Dans la nuit se dissipe l'esprit, dans l'ombre se dissipe le corps...

Je ne suis plus durant un bref instant. Lorsque mon corps se re-approprie les sensation du monde, je dégaine ma dague d'un geste vif et la plante avec force dans la roche noire contre laquelle je suis plaqué. Je m'agrippe, me hisse vers le haut et commence une nouvelle ascension, suspendu tour à tour aux plus légères aspérités et aux sculptures qu'on ne saurait dire si elles sont le fait de la nature ou de d'une main artiste. J'escalade ce fragment de montagne sur lequel repose le coeur du royaume déchu, forme minuscule en équilibre précaire au dessus du vide. Je me fie à mon souvenir, bien que celui-i remonte à un temps relativement éloigné où les travaux n'étaient pas encore achevés. Je m'élève peu à peu en direction de l'un des quais, cherchant à contourner les murailles vertigineuses qui ceinturent le niveau inférieur. J'esquive poternes, regards et tours de guet, sentinelles et autres paramètres susceptible de me ralentir ou de me trahir. Quelque soient les difficultés, je les appréhende sereinement, aussi agile qu'invisible. La tâche reste d'une simplicité dérisoire en comparaison de ce qui m'attend au bout du chemin...

...

Le quai. Un espace vaste et dégagé, quelques passants au bout de la grande esplanade et d'autres qui se profilent dans les rues annexes. Des guerriers, nombreux, entre les rondes des remparts et les postes de garde. De certains me parviennent des odeurs bien plus profondes et électrisantes, qui ne se ressentent pas des les plans normaux de la réalité. Entre autre chose, le parfum inquiétant de la puissance brute, bien que maîtrisée, résultat d'un apprentissage incroyablement poussé ; certes pas autant que celui des miens... ; Des officiers, des élites peut-être. L'ordre qui règne ici approche la perfection. La race déchu s'est épanouie et continue de se développer sans frein, bien loin de l'état dans lequel ma mémoire évalue l'instant passé d'il ya près de deux-cent ans, lors d'un evènement tout particulier...
Je longe les murs des bâtisses, des hautes arches gothiques et des flèches innombrables qui se dressent vers le ciel. Aucune de ces grandes tours de parvient cependant à égaler en hauteur ou en magnificence le donjon et palai principal de la cité, aux proportions défiant toute imagination humaine ; le chateau de Fenrig ferait figure d'oeuvre enfantine en comparaison de ce monstre jailli des songes. Des centaines de mètres de largeur pour je ne sais combien de fois plus de hauteur...
Hormis les sortilège qui maintiennent cet ensemble irraisonné dans les air, la Tour des Sombres, ainsi qu'ils la nomment, est le seul édifice qui présente un temps soit peu d'intérêt à mes yeux. Il n'en existe à ma connaissance aucun autre qui soit capable d'amplifier et d'accorder entre elles les ondes mystiques de toutes sortes, et au combien la difficulté et rande, surtout en tel lieu... C'est le résonateur éthérique le plus puissant et le plus aboutit au monde, dépassant même la technologie avancée des nains. Amusant... surtout lorsque l'on songe au fait que la Tour n'a pas été conçue comme tel et qu'il ne s'agit que d'une conséquence sécondaire imprévue de ses créateurs...

Ange déchu. Un visage sans prétention, commun. Une apparence citoyenne modeste, aux yeux presque entièrement dissimulé sous une capuche large ; quelques signes de tête respectueux et un effort distrait afin d'éviter aussi longtemps que possible de croiser les patrouilles de soldats ou les quelques élites solitaires. Ceux là se rendraient compte d'une étrangeté que malgré tout mes talents il m'est impossible de corriger pour parfaire l'illusion. Aucune aura...
Je file dans les rues, passe devant l'entrée principale du deuxième niveau et ses escaliers à larges marches. Trop fréquenté, trop bien surveillé. Je grimpe avec discrétion sur un toits, saute sur un ponton et m'élance sans bruit sur le rempart qui sépare les deux étages du Pandémonium. Accroupi entre deux renforts de pierre, je scrute les différentes routes qui s'offrent à moi pour accéder à l'imposante construction où mon voyage doit s'achever. La structure dépasse aisément ses voisines et en impose malgré une sobriété dans la sculpture des façades ; le lieu est reconnaissable, bien qu'il ne fut pas achevé dans les images qui me le font identifier comme le complexe d'entrainement militaire principale de la cité et de tout le royaume. Le nom n'a probablement pas changé...
Je plonge à nouveau dans la pénombre secrète des rues, chaque pas me rapprochant des couloirs de marbre et des nombreuses arènes du Dojo du Loup Noir...

...

Les colonnes défilent autour de moi. J'avance à pas prudents dans un silence aussi froid que les dales de pierre et les corps que je laissent derrière moi. Deux guerriers croisés par hasard alors que mon apparence déchu avait déjà rendu place à celle de l'humain coutumier. Deux mouvements secs avant qu'ils n'aient le temps d'émettre un son ; un glissement alors que les deux s'affaissent contre le mur. Révolu. Je me dirige au gré des souvenirs et des indications gravées ça et là, n'ayant guère à me cacher tant l'endroit semble alors désert. Je pénètre enfin dans un salle de grande dimension, occupée d'outils divers et d'armes variées, éclairée par les lueurs qui parvienne d'une ouverture géométrique dans le plafond incurvé. Au centre, délimité par des colonnades, une large piste de sable...

"Hé, vous. Qui êtes-vous ?

- Ne bougez plus si vous tenez à la vie..."

Les deux voix s'élèvent de la droite une seconde avant qu'un frémissement dans l'air n'annonce l'arrivé de l'un des guerriers juste dans mon dos. Aucun battement de coeur affolé malgré la surprise, une respiration calme, mais tendue. Concentration, interrogation... pas de crainte ou de doute. Le crissement de lames qu'on sort du fourreau accompagné du vrombissement tranquille de l'obscurité qui se condense, prette à obéir à la moindre impulsion de ses maîtres déchus.
Des Elites.

La pointe aigüe d'un sabre vient appuyer entre mes omoplates, pas assez pour transpercer le tissu, suffisamment pour que la menace soit claire. Le deuxième immortel se place soudain devant moi, pointant son arme en direction de ma gorge ; cheveux d'ébène, yeux d'argent, visage typiquement angélique bien que dépourvu de la moindre expression avenante. Dédain glacé lorsqu'il comprend qu'il fait face à un humain ; distance sécuritaire d'un peu plus de deux pas. Capacité de combat respectable, sens de l'observation et du danger élevé... Rien qui ne représente un quelconque obstacle.

"Tu vas nous suivre, humain. Nous t'abattrons si tu fais un geste de trop, compris ?

-Parfaitement, déchu." Dis-je en sifflant d'un voix résolument loin de tout soupçon d'humanité.

Une demi seconde de surprise alors que je plonge en avant sous la garde de celui qui me fait face. Il bondit en arrière, mais l'esquive n'est que trop tardive. Je tournoie au sol et fauche ses jambes avant de bondir sur lui en parant un coup de sabre d'un revers de dague. J'enchaine les coups directs et les feintes alors que nous chutons et nous redressons dans la foulée, le rattrapant chaque fois que l'ombre l'amène hors de portée ; le deuxième guerrier porte une estoc fulgurante vers mon épaule sans réussir à m'atteindre, emporté au dessus du sol par une impulsion soudaine. Je retombe derrière lui saisit son bras alors qu'il pivote pour découper aveuglément ; brise le poignet, tord le bras et frappe un coup au tympan avant de fracasser la mâchoire d'un coup de genoux. Un crépitement inquiétant survient de l'ombre et je saute de côté pour éviter le sortilège tandis que mon opposant précédant revient à la charge. Je recule d'un pas souple et me redresse tranquillement à l'autre bout de l'arène. Les deux déchus se tiennent côte à côte, nimbés d'une aura vaporeuse de ténèbres qui ne cesse de grandir alors qu'une rage difficilement contenue fait étinceler leur yeux rivés sur moi. Un bras sans vie pend au flanc, inutilisable, mais même combiné à une bouche en sang ne parait pas empêcher le plus blessé des deux d'utiliser aussi ses pouvoirs. Sa voix, éraillée, parvient à franchir ses lèvres meurtries et se mêle à celle de son compagnon dans un murmure glaciale qui se répercutent dans les recoins de la salle.

"Précis et vif comme le vent sombre des nuits d'hiver..."

Je souris.
Les éclats d'aciers se succèdent, trop rapides être suivis au milieu d'un balai mortel des corps, passant du physique à l'intangible, du rêve à la réalité. Même ainsi, l'écart est trop grand, bien qu'il soit déjà trop tard lorsque cette information réussit à se frayer un chemin jusqu'à leur conscience entièrement tournée vers le combat.
Une poignée de secondes s'écoule où l'atmosphère tremble avec effroi.

...

Elle approche. Je ressent sa présence comme une ombre sur mes sens et mon esprit alors que l'obscurité elle même frémit au son léger de ses pas. Je suis debout, immobile au centre de l'arène alors que les deux élites gisent, inanimés sur le sol. Quelques traces de sang maculent leurs visages graciles, rien pour autant qui ne soit signe de trépas. Je ne suis pas ici pour détruire...
Quelques instants encore et l'acte pourra commencer. Après deux-cent ans, nous allons enfin nous revoir... et nous rencontrer...
Reine des bannis, des damnés, d'un peuple étrange et immortel rejeté des cieux...
Je suis ici pour créer...
Elle se tient sur le seuil.
Je tourne le dos à l'entrée, et dans mes propres ténèbres, les yeux du prédateurs brillent de lueurs inquiétantes.


"Bonjour à vous, sombre altesse...

Bonjour, Trauma-Nakan Strix."




L'acte commence.






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Trauma-Nakan Strix
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MessageSujet: Re: ...Ombre et Secret... [Pv Trauma-Nakan Strix]   Mar 29 Juin - 19:32

Le vent. L'ombre. Le silence.
Une musique intérieure, comme une flute irrationnelle, douce et sombre, portée par une percussion étiolée ; jouée par une main d'un autre monde, d'un autre temps. La mélodie du vent dans les feuilles des arbres, le mystère de l'ombre, le calme et la sérénité du silence. Cet air de flute aux allures de loup mourant d'amour, les tréfonds torturés d'un esprit qui s'apaise. Une brise irréelle qui soulève doucement les lourdes mèches de soie et d'ébène. Les ténèbres tendres qui s'entortillent et glissent sur les cheveux noirs. Un tambour étouffé, des clochettes sourdes. Le chant de l'éther dans les feuilles des arbres, la flute d'un autre univers. Les yeux clos, mais ouverts sur un bien plus vaste ailleurs. Le corps de marbre étendu sur le dos, jambes entrouvertes et bras écartés, seulement recouvert d'un fin linceul d'obscurité. Les paumes tournées vers le ciel, caressant les étoiles et la nuit. Tous ces infimes feux de ténèbres qui réchauffent le coeur et bougent lentement, si loin dessous. Les autres, les feulements fauves, les bruissements d'ailes, les pattes frôlant doucement le sol. Tout.
La mélodie du vent dans les feuilles, le mystère et l'immensité de l'ombre, le calme et la sérénité du silence. En cet instant, Trauma-Nakan Strix ressent toutes les âmes à des centaines de lieux à la ronde. Elle cherche lentement, sans espoirs ni précipitation, l'aura qu'elle reconnaîtrait entre toutes. Elle veut savoir s'il est toujours en cette vie, prêt à se battre à ses côtés même à l'autre bout du monde. Elle perçoit les Déchus en contrebas, les Shantaks, loin dans les terres arides et sombres, les corbeaux et les rapaces, les rats et les loups, les premiers villages humains qu'elle parvient à dépasser. Elle peut sentir dans son ventre les lentes pulsations du coeur du Pandémonium, le coeur des monts ancestraux tout autour d'elle. Ses cheveux se meuvent doucement dans l'atmosphère ; son voile de noirceur, lui, reste apposé sur son corps comme la main suave d'un amant. Sur sa peau d'albâtre, le vent caresse sa langoureuse mélodie, apportant les effluves ténébreuses des auras de ses citoyens. Son esprit cherche, calmement, toujours plus loin dans les terres mystérieuses des cendres d'Alésia, toujours plus loin de sa propre enveloppe corporelle et du Pandémonium. En cet instant, Trauma-Nakan Strix est aussi puissante que l'Ombre et aussi vulnérable qu'un oisillon à peine né. Trois heures se sont écoulées, depuis qu'elle a allongé son dos sur l'onyx froid du sommet de la Tour des Sombres, point culminant de la cité déchue, seulement surplombé par la voûte céleste. Doucement, son esprit a quitté son corps et s'est ouvert entièrement au monde extérieur. Elle sait l'immense dangerosité du rituel. Mais elle prend le risque. Ce qu'elle pourrait parvenir à découvrir en vaut amplement la peine.
La mélodie du vent dans les feuilles, le mystère et l'immensité de l'ombre, le calme et la sérénité du silence. Elle étend encore son âme, plus loin, plus loin. Vers les plaines mortes. Vers les terres des Vampires. Elle ignore si elle peut réellement y parvenir, mais tant qu'elle ne sent pas son esprit commencer à se dissoudre dans l'ombre, elle continue sa lente recherche infinie. Un éclat immaculé attire alors son attention. Elle doit réfréner les battements de son coeur qui s'affole, de peur de perdre sa concentration, si mince et de plus en plus malaisée à conserver tandis qu'elle s'éloigne inexorablement. La flute irrationnelle venue d'ailleurs, la percussion étrange et étiolée. Elle s'approche. L'éclat d'ombre aux volutes blanches... C'est Tanÿs Basmaran qu'elle perçoit, filant vers le Pandémonium.
Seul.
Sa gorge s'assèche, elle voudrait parler à son ami mais en est évidemment incapable. Il doit venir en messager, c'est la seule solution. Il ne peut pas être le seul survivant...


Soubresaut.

L'Archange Sombre étouffa à grand peine un abominable cri de souffrance en se relevant et se rétractant violemment sur elle-même, pliée en deux, le corps parcourut de puissants spasmes maladifs de douleur. La porte... La Porte Sombre... Elle avait activé ses systèmes de défense, pour cesser aussitôt. Mais la poignée de seconde où elle s'était déchaînée, c'était une avalanche de hurlements stridents et de décharges électriques qui avait déferlé sur l'esprit nu de Trauma-Nakan. Les sorts de défense de la massive porte avaient été érigés par ses soins et chaque fois qu'on les attaquait, c'était elle qui en était avertie. Habituellement, elle aurait simplement perçu l'avertissement et aurait peut-être pu définir la nature de l'assaillant. Là, elle avait ressenti sous son crâne les arcs de magie purs qui avaient cherché à avaler l'adversaire invisible ; cela avait littéralement ravagé sa concentration, mais également violemment fissuré les bases de mana de son esprit. Elle demeurait là, prostrée sur le toit d'onyx glacé, la tête entre les mains, une sueur brûlante et gelée dégoulinant le long de son visage et de son dos, tremblotant fébrilement. Autour d'elle, un halo où l'Ombre n'était plus rien d'autre qu'une bizarre et contre-nature absence de lumière. Une vingtaine de minutes passèrent dans un silence assourdissant et une douleur lancinante et insoutenable.
Puis, les ténèbres alentour commencèrent à revenir vers leur maîtresse, hésitantes, pour finalement accourir et parsemer sa peau humide et blafarde de caresses noires et intangibles, léchant ses membres de leurs obscures volutes immatérielles comme pour redonner confiance et substance à son esprit blessé. Elle releva la tête et ouvrit les yeux. Ses pupilles abyssales sondèrent l'éther autour d'elle. Elle érigea un rempart autour de sa conscience pour la protéger de toutes les futures attaques extérieures qui pourraient survenir.

Puis elle se releva et se tint, debout au bord du toit de la Tour des Sombres, attentive au moindre mouvement suspect en contrebas. Rien. Les déchus vaquaient à leurs occupations dans les rues, bavardaient, riaient parfois, se pressaient vers leurs habitations, vers les quais ou disparaissaient nonchalamment dans l'entrelacs de ruelles sombres. Visiblement, personne d'autre n'avait vu ou ressenti l'activation de la défense de la Porte Sombre.
Mais comment était-ce possible... Alors qu'elle détenait dans ses sens toutes les âmes alentour sur près d'un millier de milles, comment avait-elle pu passer à côté de l'être qui s'était tenu face à la porte, si près du Pandémonium ? C'était impossible. De plus, à présent, étant donné le silence des portes, l'intrus devait soit être reparti, soit... être parvenu dans l'enceinte des terres déchues. Elle replongea le regard vers les rues pavées au bas de la tour, sondant chaque mouvement dans l'espoir de percevoir quelque chose d'inhabituel. Mais non, toujours rien d'anormal. Trauma-Nakan dû bientôt se rendre à l'évidence. Si elle voulait trouver la source de ce bouleversement, elle devait ré-ouvrir son esprit à l'ombre et à l'extérieur. Dans un soupir douloureux, elle abaissa les remparts à peine élevés et se mit à l'écoute des Ténèbres.
Elle perdit rapidement la notion du temps, mais elle sut qu'un long, très long moment s'écoula dans l'immobilité complète. Puis l'Ombre s'agita.


La silhouette ténébreuse filait à travers les places, les rues et les maisons du Pandémonium, ses pieds couverts de cuir effleurant à peine le marbre noir, fendant l'air au son seul d'un silence glacial qui s'abattait inévitablement sur tous les citoyens qu'elle frôlait, en même temps qu'une singulière sensation de froide détermination. Les Déchus ne la voyaient pas, la sentaient à peine passer ; seuls quelques Elites qui la côtoyaient régulièrement perçurent faiblement sa signature, cette aura presque inexistante tant elle était maîtrisée. Mais à peine avaient-ils tourné la tête vers ce fantôme obscur qu'il était déjà loin d'eux. C'était la deuxième fois en moins d'une semaine que Trauma-Nakan filait ainsi vers le Dojo du Loup Noir, mais cette fois-ci, elle le savait intimement, la rencontre n'aurait rien à voir avec la dernière.
Elle se matérialisa bientôt devant la porte de la plus grande salle d'entraînement du Dojo ; celle qui avait été reconstruite trois semaines auparavant. Reconstruite, puisqu'Ymir Danhaka et ses élèves l'avait fracassée lors d'un entraînement. Malgré cette pensée et le souvenir étouffé de la nuit précédant le départ du Commandeur, Trauma-Nakan ne parvint pas à s'arracher un sourire, ni même rien qui se rattacherait à autre chose qu'à une implacable impassibilité. En arrivant, elle avait trouvé deux Déchus, ceux qui gardaient l'entrée du Dojo, affaissés contre le mur. Morts. Doucement, elle s'était baissée et avait fermé leurs yeux étonnés, surpris par leur propre fin. Celui ou celle qui se trouvait là, dans cette salle, était d'une puissance titanesque. De plus, il parvenait à cacher son aura à Trauma-Nakan, ce que personne n'avait jamais réussi à faire ; pas même Balthazar, celui qu'elle considérait comme un des plus grands guerriers de ce monde.
La Reine Noire resta immobile devant la porte une poignée de secondes puis, sans avoir besoin de prendre de respiration ni s'armer de courage, elle entra. La Peur, c'était elle. Personne ne lui volerait ce rôle, encore moins pour le retourner contre elle-même.

A terre, deux de ses frères gisaient, leurs beaux visages maculés de fines et violentes traces sanguinolentes. Cependant, ils respiraient encore. Et puis -enfin- dos à la porte, le responsable de tout cela. Taille et forme humaine. Sempiternelle absence d'aura. Il était en lui-même une tromperie pour les sens ; cesser de le regarder signifiait obligatoirement cesser de pouvoir détecter sa présence, cesser de connaître son existence. Mais il était bel et bien là, les cadavres et les évanouis en étaient les preuves.

Un silence s'échappa, joua quelques instants dans l'atmosphère et disparut au son d'une belle voix grave.

"Bonjour à vous, sombre altesse...

Bonjour, Trauma-Nakan Strix."



Un sourcil s'arqua dans les ténèbres. Bien : il connaissait son nom, sa fonction, ne l'attaquait pas. Il était venu pour elle. Elle passa lentement le seuil de la porte alors que des pas précipités et des cris retentissaient à l'autre bout du Dojo, à l'entrée où les deux Déchus avaient expiré pour la dernière fois. Sans mot dire, elle se retourna vers le couloir et ôta la capuche de son long manteau gris, découvrant son visage. Bientôt, cinq Elites apparurent au tournant. Ils courraient vers elle lorsqu'ils l'aperçurent, la reconnurent et mirent brusquement un genoux à terre.

«  Archange Sombre, excusez notre précipitation, mais Erak et Bénian, ils...
- Je sais. »

Coupé dans son élan, celui qui parlait leva un regard interrogateur vers elle.

« Vous... ?
- Oui. Approchez, vous avez deux autres corps à évacuer ; ceux-là sont vivants, prenez-en soin. »
Le chef hocha la tête avec ferveur et se précipita à l'intérieur de l'immense salle d'entraînement. Si les cinq élites virent le responsable silencieux de tout cela, ils ne le montrèrent pas et s'empressèrent de soulever leurs deux confrères avant de ressortir. Au dernier à franchir la lourde porte, Trauma-Nakan attrapa le bras et murmura à l'oreille :

«  Que personne n'entre ni n'approche du Dojo jusqu'à ce que j'en sois sortie. »

Il acquiesça en lui adressant un regard qui se voulait probablement encourageant et disparut à la suite des autres.

Trauma-Nakan Strix resta immobile et silencieuse quelques secondes après que la porte se fut refermée dans un claquement sourd. Puis elle se mit à marcher lentement le long du mur, caressant du bout des doigts les hautes colonnes de pierre sombre. Elle eût bientôt fait le tour de l'intrus, et vint se placer calmement face à lui. Ses iris profondes et noirs sondèrent l'individu sans aucune gêne. Dans l'ombre d'une capuche grise, étrangement similaire à la sienne, elle aperçut brièvement des traits humanoïdes. Elle décida de ne pas plus s'y attarder, il déciderait sûrement lui-même de lui laisser contempler son visage. Cependant, quelque chose titillait ses sens... Comme une bizarre impression de déjà-vu... Pourtant, un être pareil, elle s'en serait forcément souvenue.
Elle inclina la tête en signe de respect et de salutation. Ne connaissant pas son nom, elle n'userait pas de la parole pour l'appeler comme un simple inconnu.

La Dame de l'Ombre récapitula, sous son masque de marbre terrifiant de stoïcisme, les maigres informations qu'elle avait sur l'étrange personnage qui lui faisait face. Pas d'aura. Des capacités probablement quasi-illimitées, comme par exemple celle de monter au Pandémonium sans ailes ou de franchir la Porte Sombre sans mourir. Une connaissance du peuple déchu, de son royaume et de sa reine ; ce qui, en soit, resserrait déjà l'étau autour d'une élite presque inexistante. Oh, et il semblait avoir la volonté de se battre. Sinon, pourquoi faire venir celle qu'il attendait dans une salle d'entraînement, qui plus était la plus grande et la plus belle de tout le Dojo ?
Un chuintement d'acier, bref et rapide. En une demie-seconde, l'épée de Trauma-Nakan était dégainée de sous sa lourde cape grisâtre. La lame était longue et fine, ornementée d'étranges motifs cabalistiques noirs ; la garde était toute en arabesque d'argent entourant la main qui la saisissait. Avec un sourire terriblement ironique dans la voix mais aucun sur le visage, l'Archange Sombre dit doucement :

«  Ne vous méprenez pas sur mon geste, l'animosité est absente de mon côté de la balance. Vous semblez cependant tout-à-fait enclin à l'idée d'en découdre avec quelqu'un et je serai moi-même ravie de partager un combat avec vous. Néanmoins, auriez-vous l'amabilité de m'éclairez quant à votre identité et votre but en ces lieux où dois-je m'évertuer à combattre un inconnu ? Non pas que cela me déplaise, mais vous me paraissez bien au dessus du stade banal de celui qu'on ne nomme pas. »

Elle fit lentement tourner son épée autour de son poignet, attendant une réponse. Autour d'elle, l'Ombre vibrait en silence. L'Ombre elle-même semblait intriguée et effrayée par le personnage qu'elle ne pouvait déchiffrer. Trauma-Nakan plongea les yeux dans les abysses effrayantes de la capuche de l'homme, et crut y apercevoir un éclat mordoré de prédateur. Eclat qui trouva écho dans le propre regard de la Reine Noire.
Un frémissement alors que les muscles se tendent et le silence s'épaissit.




L'Acte commence.
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Harmantaro Silok
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MessageSujet: Re: ...Ombre et Secret... [Pv Trauma-Nakan Strix]   Ven 2 Juil - 19:09

Que d'agitation...
Avec empressement, les nouveaux venus emportent les corps de leurs frères inconscients hors de la salle.
Quelques paroles échangées, déplacements dans la pénombre. Rien de surprenant ; jusqu'alors, tout est conforme à la plus intéressante des potentialités envisagées.
Elle et moi, seuls.

« Ne vous méprenez pas sur mon geste, l'animosité est absente de mon côté de la balance.
Vous semblez cependant tout-à-fait enclin à l'idée d'en découdre avec quelqu'un et je serai moi-même ravie de partager un combat avec vous.
Néanmoins, auriez-vous l'amabilité de m'éclairez quant à votre identité et votre but en ces lieux où dois-je m'évertuer à combattre un inconnu ?
Non pas que cela me déplaise, mais vous me paraissez bien au dessus du stade banal de celui qu'on ne nomme pas. »


Je ne me méprends que très rarement...
Un épais silence s'installe après que les derniers bruits de pas se soient dissipés. L'atmosphère frémit, chaque parcelle d'obscurité stagnante alentour représente une arme au combien mortelle au service de celle qui me fait face.
Je jette un rapide regard à la lame brandie ostensiblement à mon attention ; une arme d'excellente facture, parcourue de runes intrigantes dont la plupart ne me sont pas inconnues. Les autres ont certainement été crées dans l'intervalle de temps qui sépare mes incursions en ces lieux, et il me tarde de connaître leur signification.
J'observe avec une grande et minutieuse attention. Une assurance parfaite, une maîtrise absolue du corps et de l'éther, une position équilibrée, sans faille aucune, un regard scrutateur dont il ne fait aucun doute qu'il analyse et évalue avec presque autant d'application que le mien en cet instant. Je la ressens, son aura, comme un frisson glacial terriblement insistant, omniprésente sur le plan éthérique tout en restant quasi inexistante dans l'univers physique ; La magie et sa pratique sont comme une seconde nature pour cette femme qui gouverne à son espèce. L'ombre s'exprime à travers elle tout comme elle imprègne son essence jusqu'à des degrés imperceptibles.
Archange Sombre des Anges déchus...
Amusant. A force de trop chercher à canaliser, à soumettre et à manier sans s'exposer aux dangers de l'autre monde, ceux qui disposent d'un pouvoir aussi terrifiant qu'infini en sont réduis à ne connaître que cette facette lisse et docile qu'ils se bornent à percevoir. Trauma-Nakan Strix, indubitablement au dessus de la masse de ses semblables, à probablement conscience que cette puissance qui est sienne n'est en réalité qu'une fraction de la force fondamentale qu'est L'Obscurité Originelle.
Sans pouvoir rien y changer. Il semble que plus années, siècles et âges s'écoulent, plus les peuples d'Alésia s'éloignent de leur grandeur d'Antan. La civilisation et la technologie prennent peu à peu le pas sur les fondements mystiques des êtres de ce monde, et les anges déchus d'aujourd'hui ne sont que des enfants odieusement faibles en comparaison de leurs pairs de jadis, les premiers de leur race, semblables à mes frères et moi même : solitaires et sans attaches.
Ainsi sont les métamorphes, uniques, à la fois éternels et éphémères, ne marchant que sur les sentiers innombrables et insondables du Présent et du Secret.
Il est temps.

"Mon identité en elle-même à fort peu d'importance, déchue.
J'ai comme vous un nom, mais il ne représente rien, ne signifie rien au delà des mots.
Je pense que vous seriez tout à fait capable de déduire seule ce que je suis ; bien des murmures ont résonné à mes oreilles concernant la connaissance que vous avez de notre peuple, bien qu'elles restent tout à fait incomplètes et certainement imparfaites...
Il se trouve que Nous avons connaissance de votre existence, de l'emplacement de votre royaume et des habiles moyens qui le maintiennent à l'abris des regards extérieurs, comme en témoigne ma présence ici.
Bien des individus de par le monde payeraient très chers ce genre d'information...
Autant sur vous que sur Nous.
Je ne suis pas venu vous menacer, soyez en certaine, juste vous mettre en garde. D'autre que les miens se doutent qu'il existe, quelque part, un lieu tel que celui-ci. Certains humains, des anges également, même si pour l'instant leurs voix ont peu d'influence à la Cité. Mais le jour n'est plus très loin où vos terres ne seront plus protégées par le Secret. Et Nous sommes le Secret.
Pensez-vous que vos seuls mesures, aussi drastiques soient-elles, aient pu suffire pendant près de deux-cents ans à conserver une telle énormité hors de connaissance ?
Nous avons oeuvré, déchue, chaque fois que nous parvenait quelque chose susceptible de vous compromettre ; nous avons éliminé, lentement et discrètement, toute trace de votre existence. Nous avons fait en sorte que les disparitions dans la nature de milliers d'entre-vous passent tout à fait inaperçu, considérés comme morts ou perdus à jamais.
En réalité, vous nous devez beaucoup, Trauma-Nakan Strix...
Cependant, si nous exigeons toujours paiement pour nos services, celui-ci ne peut être soldé étant donné qu'il est issu de notre propre volonté.
De ma propre volonté...
Aussi, loin de venir réclamer quelque du, je suis ici pour vous offrir quelque chose d'une valeur inestimable et qui ne trouve nul pareil.

Moi.

Je vous offre mes services, altesse, si tant est que vous les acceptiez, eux et leur prix.
Je vous offre les services d'un métamorphe.
Je vous offre les services d'Harmantaro Silok."


Je rejette en arrière mon capuchon d'un mouvement fluide, révélant mon visage. Cheveux bruns en bataille, visage dur comme sculpté dans la roche, inexpressif, plus encore que celui de mon interlocutrice. Un visage dans lequel brillent deux yeux au iris incandescent, tels deux joyaux d'or liquide uniquement barrés de pupilles reptiliennes plus sombres que la nuit. Je relève le menton et fixe la déchue avec une intensité redoublée, aussi glaciale et imposante que son aura de ténèbres.
Le regard du Dragon est l'une des chose les plus difficile à affronter qui soit, pénétrant, abyssal, hypnotique et terrifiant à la fois.
Immobile, mes lèvres s'entre-ouvrent à peine lorsque je reprends la parole.

"Il n'est nul domaine que je n'aies déjà foulé, nul chose qui me soit impossible et nul individu qui soit à l'abris de mes lames...
Vous n'êtes pas à l'abris, Trauma-Nakan Strix...
Je ne suis cependant pas ici pour détruire, mais pour créer. Il est possible de créer à partir de rien, mais ce ne sont pas les manières de faire des miens lorsqu'il s'agit de commerce avec les autres races...
Je suis à vos ordres, dans des limites que je suis seul à décider. A une condition première.
Bien des contrats pourront suivre, mais celui-ci, qui vous accorde mon allégeance, nécessite un prix plus élevé que tous les autres réunis.
Un prix que vous serez seule à payer et seule à connaître, d'où notre présence à tous deux ici, loin des oreilles de vos serviteurs ou conseillers.
Il y a bien longtemps, j'ai affronté l'un des vôtres. A une époque si reculée qu'il n'existe à ma connaissance personne de vivant qui s'en souvienne.
Je connais l'origine de vos pouvoirs, mais j'ignore beaucoup de la façon dont vous les utilisez aujourd'hui, après des millénaires...
Vos deux Elites m'en ont donné un bref aperçu, mais j'imagine que vous même êtes capable de bien d'autres choses.
Vous n'aviez pas tord, je suis enclin à vous affronter.
Il s'agit de la moitié de mon prix. Un combat, en cet instant..."


Je me détourne, fais quelque pas en faisant mine d'observer notre environnement, puis m'arrête face à la porte, dos à la femelle déchue.
Ce que je m'apprête à dire ne manquera certainement pas d'ajouter une réaction des plus intéressante, bien que je ne puisse encore la prédire avec certitude. Nombreuses sont en effet les voix qui m'ont rapporté maintes nouvelles des terres sombres et du Pandémonium... cette visite est programmée de longue date, et chaque détail en a été étudié avec patience, sans hâte aucune. Aussi, je sais qu'il est une chose que je puis demander, que Trauma-Nakan aura peine à accepter, même si j'en ignore encore la raison. C'est pourtant chose à attiser en égale mesure convoitise et fascination, tant est-ce rare et étrange, tout particulièrement pour quelqu'un de ce rang.
Un prix n'est jamais trop élevé...
Il peut juste l'être à l'extreme pour celui ou celle qui doit s'en acquitter.

"Et la deuxième chose, votre altesse...
Je veux que vous offriez à ma vue une chose que nul autre avant moi n'a contemplé...
Je veux connaître ce secret que vous détenez, envers et contre tous, même votre précieux Commandeur...

Je veux que vous déployiez devant moi ces ailes dont personne ne connait l'aspect.
Vos ailes, Trauma-Nakan Strix.
Montrez moi donc votre plus grand mystère."



Les pièces sont en place.
Le Roi s'avance.
Maintenant à la Reine de jouer...



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Trauma-Nakan Strix
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MessageSujet: Re: ...Ombre et Secret... [Pv Trauma-Nakan Strix]   Ven 9 Juil - 19:54

"Mon identité en elle-même à fort peu d'importance, déchue.
J'ai comme vous un nom, mais il ne représente rien, ne signifie rien au delà des mots.
Je pense que vous seriez tout à fait capable de déduire seule ce que je suis ; bien des murmures ont résonné à mes oreilles concernant la connaissance que vous avez de notre peuple, bien qu'elles restent tout à fait incomplètes et certainement imparfaites...
Il se trouve que Nous avons connaissance de votre existence, de l'emplacement de votre royaume et des habiles moyens qui le maintiennent à l'abris des regards extérieurs, comme en témoigne ma présence ici.
Bien des individus de par le monde payeraient très chers ce genre d'information...
Autant sur vous que sur Nous.
Je ne suis pas venu vous menacer, soyez en certaine, juste vous mettre en garde. D'autre que les miens se doutent qu'il existe, quelque part, un lieu tel que celui-ci. Certains humains, des anges également, même si pour l'instant leurs voix ont peu d'influence à la Cité. Mais le jour n'est plus très loin où vos terres ne seront plus protégées par le Secret. Et Nous sommes le Secret.
Pensez-vous que vos seuls mesures, aussi drastiques soient-elles, aient pu suffire pendant près de deux-cents ans à conserver une telle énormité hors de connaissance ?
Nous avons oeuvré, déchue, chaque fois que nous parvenait quelque chose susceptible de vous compromettre ; nous avons éliminé, lentement et discrètement, toute trace de votre existence. Nous avons fait en sorte que les disparitions dans la nature de milliers d'entre-vous passent tout à fait inaperçu, considérés comme morts ou perdus à jamais.
En réalité, vous nous devez beaucoup, Trauma-Nakan Strix...
Cependant, si nous exigeons toujours paiement pour nos services, celui-ci ne peut être soldé étant donné qu'il est issu de notre propre volonté.
De ma propre volonté...
Aussi, loin de venir réclamer quelque du, je suis ici pour vous offrir quelque chose d'une valeur inestimable et qui ne trouve nul pareil.
Moi.
Je vous offre mes services, altesse, si tant est que vous les acceptiez, eux et leur prix.
Je vous offre les services d'un métamorphe.
Je vous offre les services d'Harmantaro Silok."


L'esprit de Trauma-Nakan fonctionnait à une vitesse vertigineuse. Chaque son qui franchissait les lèvres de son interlocuteur était capturé par son ouïe infaillible, puis par son esprit. Il était alors décortiqué, éventré, vérifié, fouillé jusqu'à l'étymologie pour qu'aucune nuance dans la voix ou les paroles du dénommé Harmantaro Silok n'échappât à l'incisive analyse de la Reine Noire. Harmantaro Silok, le métamorphe... Le roi des Métamorphes, sans aucun doute, si une telle notion existait dans leur peuple. Ce qui semblait être le cas. Elle douta que ce pseudonyme soit le véritable nom de l'être en face d'elle. S'il n'accordait aucune valeur aux noms et aux mots (ou, en tout cas, qu'il disait n'en accorder aucune), alors rien ne garantissait qu'il lui avait offert son vrai nom, celui de son âme. En fait, Trauma-Nakan était certaine que cela ne l'était pas.
Il rejeta sa capuche en arrière, alors que sous l'impassible masque de neige l'Archange Sombre considérait toujours chaque parole prononcée, évaluait les possibilités et réfléchissait en silence. Harmantaro possédait, semblait posséder, des cheveux bruns en bataille, un visage dur et froid comme celui de Trauma-Nakan, mais très différent en cela qu'il n'avait pas une once de l'éternelle et sombre beauté qui était sienne. Il était la parfaite réplique d'un humain ordinaire. En d'autres circonstances, peut-être aurait-elle applaudi. Car effectivement, maintenant qu'il avait prononcé le mot et lui avait fourni les indices, elle avait connaissance de certaines choses concernant ce peuple mystérieux qu'étaient les Métamorphes. Des voleurs, des assassins, en tout les cas des mercenaires. Capables de changer de forme... Quelle pouvait bien être la véritable apparence d'Harmantaro ? Ces pupilles reptiliennes pouvaient laisser présager un serpent, ou quelque chose de ce genre. Harmantaro le Serpent, oui, malgré son enveloppe charnelle d'empreint, cela lui convenait parfaitement.

Lorsqu'il reprit la parole de sa voix suave et râpeuse, elle l'écouta attentivement, continuant son fin travail d'analyse. Aucune réaction de marquait ses traits, mais elle appréciait l'exquis savoir-faire de son interlocuteur. Sa stratégie était absolument parfaite... D'abord la mettre dans une position de redevance, lui faire croire qu'il ne demande rien en échange, et enfin vanter ses innombrables mérites... Pour, évidemment, terminer en annonçant son prix. N'importe qui accepterait sans rechigner, c'était certain. Cependant, Trauma-Nakan Strix n'était pas n'importe qui.
Elle arqua un sourcil lorsqu'il s'arrêta et fit quelques pas en arrière, faisant mine d'observer la salle. Il se posta face à la porte, dos à elle, et reprit.

"Et la deuxième chose, votre altesse...
Je veux que vous offriez à ma vue une chose que nul autre avant moi n'a contemplé...
Je veux connaître ce secret que vous détenez, envers et contre tous, même votre précieux Commandeur...

Je veux que vous déployiez devant moi ces ailes dont personne ne connait l'aspect.
Vos ailes, Trauma-Nakan Strix.
Montrez moi donc votre plus grand mystère."


Une infime seconde, si minime que l'on aurait pu croire à un mirage produit par les fabulations d'un esprit embrumé, l'Archange Sombre cilla. Le masque de marbre se fissura avec violence et un rictus malsain déchira ses traits d'albâtre. Une extraordinaire décharge de puissance noire s'échappa du corps de Trauma-Nakan et alla heurter les murs, faisant trembler les murs et les colonnes et étouffant l'atmosphère elle-même. L'instant suivant, la Reine des Ombres faisant volte-face en faisant tournoyer son long manteau gris et tout cessa ; l'air redevint respirable et la pierre reprit son immobilité naturelle.

Les efforts déployés par Trauma-Nakan pour se contenir étaient titanesques. Elle s'éloigna d'Harmantaro et alla caresser du bout des doigts le marbre noir et gelé d'une colonne pour tenter de faire redescendre la montée de haine qui avait surgi à son encontre.
Elle avait analysé chaque mot, elle aurait dû se douter qu'il demanderait une chose pareille. Mais elle ne pouvait pas accepter. Son précieux Commandeur, comme il disait (et le simple fait qu'il le mentionne de cette manière doucereuse et répugnante lui donnait des velléités de meutre incontrôlables), était celui à qui elle destinait depuis des siècles ce présent inestimable. C'était à lui, et à personne d'autre que revenait le droit de voir ses ailes pour la première fois. Elle retint une montée de bile à la simple idée de devoir lui annoncer qu'un autre les avait aperçues avant lui.

La stratégie d'Harmantaro était, jusqu'au moindre détail, vraiment, absolument, infiniment parfaite. Trauma-Nakan se retourna lentement vers lui, sans qu'aucun son ne vienne briser le silence amer qui s'était installé. Elle se rapprocha doucement, une simple expression paisible sur le visage. Lorsqu'elle fut revenue dans le sable de l'immense rectangle d'entraînement, sa voix retentit, glaciale, blanche... mais toujours fort distancée et subtilement nuancée de moquerie.

" Si vous voulez bien, je vais reprendre tout ce que vous venez de déclarer. Tout d'abord, sans m'étendre sur le sujet, vous ne me ferez pas croire que les mots ont si peu d'importance pour vous. Ils sont votre principal pouvoir et le mien repose également sur eux, alors ne les insultez pas de la sorte devant moi, vous vous déshonorez vous-même. Harmantaro Silok n'est pas votre véritable nom, si toutefois vous en possédez un, mais je l'accepte et vous nommerai ainsi. "

Elle inclina légèrement la tête pour appuyer ses dires, laissa un silence planer pour rendre solennelles ses paroles, et reprit.

" Ensuite, je ne vous crois pas. Peut-être vous et votre peuple avez-vous effectivement quelques fois aidé à notre développement secret, et en ce cas je vous suis infiniment reconnaissante, mais les disparitions de milliers d'entre nous ont été orchestrées, vous devez parfaitement le savoir. Nous avons entretenu l'idée chez les Anges que nous étions toujours regroupés en petits campements en ne formions aucune menace pour eux. Certains des guerriers les plus emplis de haine ont même accepté de rester dans les plaines et de se faire consciemment massacrés, tentant de faire le plus de pertes dans les troupes ennemies, pour que l'illusion soit conservée. J'accepte l'idée que vous ayez pu aider à la conservation du secret, mais nous aurions réussi sans vous également. Peut-être avec plus de difficultés, certes, mais nous aurions réussi. Je ne connais pas vos possibilités et vos moyens, mais je connais les nôtres. "

Elle se rapprocha encore et attendit qu'il se soit retourné vers elle et ait plongé son regard dans le sien pour continuer.

" Ainsi, je ne suis pas votre débitrice, et votre aide probable n'entrera pas dans mes considérations pour la réponse que j'aurais à vous donner. "

Car, même si Harmantaro avait dit que les Déchus ne lui devaient rien, le fait qu'il mentionne cela servait tout de même à faire pencher la balance à son avantage dans l'esprit de Trauma-Nakan. Mais elle était la Reine de l'Ombre... Et la manipulation lui était aussi familière qu'au métamorphe. Le regard qu'elle lui adressait en cet instant mettait amplement ce point au clair.

" Bien. A présent, il y a une question qui reste en suspens. Ce que vous me demandez est incommensurable... pour moi. Je ne suis certainement pas en mesure de comprendre votre sens de la préciosité et des valeurs -probablement à cause du fait que, comme vous l'avez dit, je n'en connais que trop peu sur votre race- mais j'avoue avoir du mal à saisir l'intérêt que cela aurait pour vous de voir mes ailes. J'ai des hypothèses, mais passons, ce n'est pas là où je veux en venir. Ce que je veux dire, c'est que... Vous venez me voir, mais n'êtes-vous pas déjà au service de mes ennemis, ou encore n'allez-vous pas voir ce qu'ils ont à proposer une fois sorti de ce Dojo ? Les Anges n'ont-ils pas mieux à vous offrir que ce que vous demandez ici ? Quelle garantie ai-je que vous ne me trahirez pas le moment venu ? Vous avez mon respect le plus profond, sieur Silok, mais vous n'êtes pas un être de confiance. Ne tentez pas de soutenir le contraire. "

Subitement, sans explications, un sourire déchira le masque et prit place sur les lèvres de Trauma-Nakan, alors que ses pupilles s'éclairaient d'un mystérieux et sombre éclat.
Harmantaro était certainement la rencontre la plus intéressante qu'elle ait jamais faite en terme de politique, de connaissances et de savoirs. De plus, il était la première personne à l'égaler, voire à peut-être la surpasser, qu'elle rencontrait depuis plusieurs siècles, sans compter Balthazar. Son magnifique sabre cliqueta dans sa main alors qu'elle déplaçait pied et main gauches vers l'arrière et plaçait son arme devant elle. Elle se mettait en garde.

" Acceptez-vous de parler de tout cela en honorant la première close de votre traité ? Cela n'augure en rien une réponse positive de ma part, mais vous avez éveillé ma curiosité et un combat serait également excessivement enrichissant pour moi. Je vous écoute, en tous les cas. "

Le sourire s'étira sur les lèvres de la reine et devint carnassier. Elle choisit de commencer ce combat très prudemment, doucement. Presque comme si elle entamait d'abord un échauffement avant le véritable combat.
Trauma-Nakan fondit par la droite, aussi rapide que les ombres, et attaqua très simplement, sans mettre trop de force dans son coup. Celui-ci fut dirigé vers l'épaule gauche d'Harmantaro ; large arc de cercle meurtrier mais qui ne poserait probablement que très peu de problèmes à son adversaire.




La dame s'écarte d'une case, hésitante. Comment jouera le roi pour la garder sur l'échiquier ?
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Harmantaro Silok
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MessageSujet: Re: ...Ombre et Secret... [Pv Trauma-Nakan Strix]   Mar 20 Juil - 19:11

"Et la deuxième chose, votre altesse...
Je veux que vous offriez à ma vue une chose que nul autre avant moi n'a contemplé...
Je veux connaître ce secret que vous détenez, envers et contre tous, même votre précieux Commandeur...

Je veux que vous déployiez devant moi ces ailes dont personne ne connait l'aspect.
Vos ailes, Trauma-Nakan Strix.
Montrez moi donc votre plus grand mystère."

Un frémissement dans l'éther. Non... une explosion, une onde soudaine et furieuse, se répercutant dans chaque recoin de la salle. Le parfum surnaturel, relent de ténèbres émanant de la femelle immortelle, sature l'air quelques seconde, puis se dissipe, presque aussi vivement ; plus qu'un souvenir. Je penche la tête sur le côté sans cesser d'observer mon interlocutrice dont j'attise semble-t-il la nervosité. Elle se détourne, évolue dans la pièce, ses doigts glissants sur le marbre froid. L'impassibilité de ses traits, brisée, un instant fugace, isolé. Spectacle captivant. Sa réaction est cependant plus mesurée que ce à quoi je m'attendais, maîtrisée alors qu'elle se trouve en droit de me trancher la gorge pour avoir osé exprimer pareille aberration... Comme si cette simple action, cette chose sans conséquence, était pourtant primordiale, essentielle à son être. La vision de ses ailes mystérieuse. Elle se rapproche, piquée mais intéressée, attentive, réfléchie... Que dit-elle ?

" Si vous voulez bien, je vais reprendre tout ce que vous venez de déclarer. Tout d'abord, sans m'étendre sur le sujet, vous ne me ferez pas croire que les mots ont si peu d'importance pour vous. Ils sont votre principal pouvoir et le mien repose également sur eux, alors ne les insultez pas de la sorte devant moi, vous vous déshonorez vous-même. Harmantaro Silok n'est pas votre véritable nom, si toutefois vous en possédez un, mais je l'accepte et vous nommerai ainsi.
Ensuite, je ne vous crois pas. Peut-être vous et votre peuple avez-vous effectivement quelques fois aidé à notre développement secret, et en ce cas je vous suis infiniment reconnaissante, mais les disparitions de milliers d'entre nous ont été orchestrées, vous devez parfaitement le savoir. Nous avons entretenu l'idée chez les Anges que nous étions toujours regroupés en petits campements en ne formions aucune menace pour eux. Certains des guerriers les plus emplis de haine ont même accepté de rester dans les plaines et de se faire consciemment massacrés, tentant de faire le plus de pertes dans les troupes ennemies, pour que l'illusion soit conservée.
J'accepte l'idée que vous ayez pu aider à la conservation du secret, mais nous aurions réussi sans vous également. Peut-être avec plus de difficultés, certes, mais nous aurions réussi. Je ne connais pas vos possibilités et vos moyens, mais je connais les nôtres. "
Ainsi, je ne suis pas votre débitrice, et votre aide probable n'entrera pas dans mes considérations pour la réponse que j'aurais à vous donner. "


La vanité est une tare qu'on imagine typiquement humaine de prime abord. En réalité, mieux que ces morceaux de chair émotifs peuvent être nommés les elfes, plus qu'eux les nains, puis viennent les lycans, les vampires, et enfin les plus orgueilleuses et prétentieuses créatures de ce monde : les âmes immortelles. Anges et Déchus ont certainement plus de talent encore que les enfants du Chaos, peut-être à cause d'une origine lumineuse commune... Ils ne sont qu'intelligence, honneur, pouvoir, puissance. Nul ne saurait leur être d'une aide plus grande que celle qu'il peuvent eux-même s'apporter, et voici que lorsqu'on leur énonce une vérité qui remet en question cet aspect de leur prétendue supériorité, ils nient et refusent l'évidence. Aucune importance. Trauma-Nakan Strix, n'éprouvant que haine pour ses ennemis angéliques, les prendrait-elle pour des enfants aveugles...?
L'ignorance est la plus terrible tare d'un esprit, aussi sommes-nous chanceux qu'elle ne soit réservée qu'aux autres. Le dénouement approche :

"Bien. A présent, il y a une question qui reste en suspens. Ce que vous me demandez est incommensurable... pour moi. Je ne suis certainement pas en mesure de comprendre votre sens de la préciosité et des valeurs -probablement à cause du fait que, comme vous l'avez dit, je n'en connais que trop peu sur votre race- mais j'avoue avoir du mal à saisir l'intérêt que cela aurait pour vous de voir mes ailes. J'ai des hypothèses, mais passons, ce n'est pas là où je veux en venir.
Ce que je veux dire, c'est que... Vous venez me voir, mais n'êtes-vous pas déjà au service de mes ennemis, ou encore n'allez-vous pas voir ce qu'ils ont à proposer une fois sorti de ce Dojo ? Les Anges n'ont-ils pas mieux à vous offrir que ce que vous demandez ici ?
Quelle garantie ai-je que vous ne me trahirez pas le moment venu ? Vous avez mon respect le plus profond, sieur Silok, mais vous n'êtes pas un être de confiance. Ne tentez pas de soutenir le contraire. "


Il est évident que nul ne peut comprendre la valeur que je porte à certaines choses et pas à d'autres, et des siècles d'études n'y arrangeraient point...
Ma langue passe furtivement sur mes lèvres. Il est toujours amusant de s'atteler à la tache complexe de comprendre le sens que les différentes espèces, ou même individus, donnent à ce terme imprécis de "confiance". Il est évident que j'ai l'intention de m'en aller rencontrer les anges glorieux de la Cité Dorée, et cependant dommage que la reine noire ne puisse être au courant de mes objectifs. Qui sont bien éloignés d'une trahison. J'ignore ce qu'Ils ont à proposer, je sais ne rien désirer. Surtout en échange d'un service des plus fourbes. Les anges ont besoin de suivre mes conseils avisés, pour que s'arrangent à la perfections les dernières pièces de l'échiquier...
Contrairement à ce que vous pensez, déchue, je suis la personne en qui vous devriez le plus avoir confiance...
Une altération. De nouveau face à moi, vous m'adressez ce que je ne puis tout à fait qualifier de sourire...
Voilà qui devient intéressant.

" Acceptez-vous de parler de tout cela en honorant la première close de votre traité ? Cela n'augure en rien une réponse positive de ma part, mais vous avez éveillé ma curiosité et un combat serait également excessivement enrichissant pour moi. Je vous écoute, en tous les cas. "

"J'accepte."
Evidement.

Un vrombissement soudain. Elle s'élance, épée au clair, incroyablement rapide, agile et silencieuse. Par le côté. L'acier décrit une courbe cinglante vers mon épaule - Je me baisse et ma main s'interpose, glisse souplement et dévie le coup d'un revers sur le plat de la lame - Ma propre lame siffle directement vers son visage alors que mon corps tourne brusquement d'un quart. Jambe tendue, la botte fond sur son abdomen.
Une respiration.
Je me contorsionne puis pose les deux mains au sol, me propulse et atterris dans le sable quelques pas plus loin. Ne pas rompre le rythme, ne pas installer de second temps, rompre l'élan pour contre-attaquer ; je bondis. Ma dague décrit à son tour un arc de cercle descendant - dévié au dernier instant, pose le pied au sol et remonte vers le haut - pas un grain de poussière ne vole autour de nous. Je poursuis l'enchainement, régulier, alternant les coups de taille fugitif et les estoc plongeantes en prise inversée. En dernier, une feinte par un contre-pied et enfin je me recule d'un bond pour être hors de portée de ses propres attaques. Neuf secondes.
Autre respiration.
Je me redresse légèrement, assure ma position, une main en avant, l'autre remontée au niveau du visage faisant doucement tournoyer la dague entre mes doigts. Je n'affiche aucune expression.

"Et bien, altesse, vous faites preuve d'un grande habilité...
J'ai cependant l'impression que vous prenez la peine de me ménager. Il ne faut certes pas...
Puisque nous sommes apparemment lancés sur la voie passionnante d'un affrontement discursif, je vais éclairer un peu vos questionnements. Il se trouve que je ne me soucie pas le moins du monde de savoir si vous prêtez foi à mes dires, cela ne changera effectivement pas le résultat de notre entretient, aux vues de votre grande fierté, aussi justifiée soit-elle. Vous avez raison, je ne suis sans doute pas un être de confiance selon vos standards. Je suis par définition fourbe, imprévisible et mes armes principales sont effectivement les mots. La manipulation par le langage, vous en connaissez certainement toutes les ressources. Mais je ne suis pas ici pour vous affronter sur ce terrain. Le pacte que je vous propose est bien différent de ceux que je passe habituellement, puisqu'il peut nous servir à tous deux en égale mesure.
Ecoutez attentivement, Trauma-Nakan. Je dispose d'informations importantes sur bien des choses qui perturbent le monde, tout particulièrement en ce moment. Mais Je pense que les anomalies célestes qui en sont les plus évidents signes ne vous ont pas échappés... du haut de votre superbe Tour...

Et bien sachez que ces informations, accompagnés de mes services et de tout autres précieux renseignements que je puis vous fournir, tout cela vaut bien plus que ce prix incommensurable que je vous demande en échange. Mais pas pour Vous. Précisément. Là est tout l'enjeu de la chose.
Etes-vous prête à échanger votre plus précieux secret contre les miens ? S'il n'en est rien, alors il est évident que vous n'êtes pas aussi digne de gouverner à votre race que vous le paraissez... Je ne vous jugerai pas, car ce que je fais pour mon propre peuple ne serait guère plus compréhensible à vos yeux. Il ne tiens qu'à vous d'accepter ou de refuser, en votre nom plus encore qu'en celui de tous les autres anges déchus.

Maintenant, je n'ai aucun moyen pour vous prouver que je suis individu de confiance, si ce n'est peut-être en avançant quelques paroles en gage de bonne volonté. Par exemple vous dire que je sais où exactement convergent tous les signes astraux, où ils veulent que les yeux de chacun d'entre nous se tournent et cherchent les vraies réponses...
Je sais que depuis des mois, les étoiles hurlent en silence le nom d'Alésia, la Cité en ruines.
Autre chose, je vous demande d'être aussi sérieuse que vous le pouvez durant ce combat, sans quoi vous allez mourir, Trauma-Nakan."


Nos yeux se croisent à un pas à peine, alors que le temps semble se figer. Je suis presque contre elle, l'acier étincèle, glacial, fusant vers sa gorge pâle en une courbe parfaite. Mortelle.
Le miroir se brise.

Prêt de trois millénaires auparavant, peut-être plus...
Le même visage souverainement beau, sans aucune imperfection, aussi froid et blanc que la lune. Encadré d'une chevelure d'ébène divisée par un vent immatériel issu de sa propre aura phénoménale, aussi écrasante que le ciel et plus immobile que le spectre de la mort. Un regard où se cesse de s'agiter l'obscurité infinie du néant, un regard semblable au mien. Le regard d'un prédateur.
Un manteau long noir presque identique, un sabre affuté, simple. Un guerrier déchu, divin. Un Roi des ténèbres...

Vous lui ressemblez... Trauma-Nakan...
J'espère seulement que vous serrez à la hauteur...




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Trauma-Nakan Strix
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MessageSujet: Re: ...Ombre et Secret... [Pv Trauma-Nakan Strix]   Lun 2 Aoû - 19:16

"J'accepte."

La riposte fut bien plus violente que l'attaque. Harmantaro glissa litéralement sous la lame de Trauma-Nakan, la déviant d'un revers de main expert, avant d'immédiatement contre-attaquer. La fine lame, ordinaire, sans ornements mais d'excellente facture, fondit vers le visage de la Reine. Ecartant jambe et épaule droites loin en arrière, elle décala sa tête des quelques milimètres suffisant à ce que le fil de l'arme ne fasse qu'effleurer sa joue, dans un silence troublant. A peine évité, un nouveau coup surgissait : un violent coup de pied en direction de l'abdomen, qui étourdirait et forcerait l'Archange Sombre à reprendre précipatemment son souffle, ce qui briserait inévitablement le rythme parfait de l'échange et offrirait l'avantage au Métamorphe. Evidemment, il n'en fut pas ainsi. La Dame Sombre passa sous la jambe en se laissant tomber au sol et fit décrire un rapide arc de cercle à sa lame en direction du tibias encore à terre de son adversaire. Il s'esquiva au dernier moment, posant les mains au sol pour se propulser loin d'elle dans le sable.

Elle fut surprise par l'immédiate poursuite du combat d'Harmantaro. S'étant éloigné, elle aurait pensé qu'il s'arrêterait l'espace de quelques instants, comme la plupart des combattants le faisaient, mais il n'était visiblement pas encore temps. Tout de suite, il bondit à nouveau pour effectuer une feinte simplissime mais des plus efficaces. Alors que la lame remontait, Trauma-Nakan se mit de profil et frappa d'estoc. Un balet de coups de silence se mettait en place, magnifique, imprévisible. Rien ne bougeait, l'atmosphère même semblait ne pas percevoir les mouvements parfaits des adversaires. Encore une feinte, déviée encore une fois au dernier moment d'un pas de funambule. Neuf secondes, trois respirations.
Il recula d'un bon, enfin véritablement hors de portée. Se redressant, il se remit en garde, sa dague passant souplement entre ses doigts comme si elle effectuait elle-même les mouvements. A l'instar du masque blanc de la reine noire, aucune émotion sur le visage du seigneur Silok.

"Et bien, altesse, vous faites preuve d'un grande habilité...
J'ai cependant l'impression que vous prenez la peine de me ménager. Il ne faut certes pas...
Puisque nous sommes apparemment lancés sur la voie passionnante d'un affrontement discursif, je vais éclairer un peu vos questionnements."


Réajustant elle-même sa position, Trauma-Nakan s'apprêta à écouter, consciente de l'importance de chacun des mots qui franchissaient les lèvres fines de l'être en face d'elle. Et ce qu'il révéla fut véritablement plus une confirmation de ses propres hypothèses qu'une révélation, mais une nouvelle idée naquit dans son esprit, infime, silencieuse, timide. Mais très profondemment ancrée.

" Autre chose, je vous demande d'être aussi sérieuse que vous le pouvez durant ce combat, sans quoi vous allez mourir, Trauma-Nakan."

Une demie-seconde ; l'or en fusion des yeux de reptile embrasèrent les abyssales pupilles de ténèbres. L'éclat de l'acier retentit dans l'air, et les paupières de la Reine de l'Ombre se fermèrent.
Vraiment ?

Ecarlate. Ecarlate le sang, cramoisie la goutte ronde, pourpré le macabre reflet. La dague avait mordu la chair, et une unique goutte, fière et prétentieuse de toute sa beauté, roula depuis la plaie sur la peau de craie du cou de Trauma-Nakan Strix. Les yeux se rouvrirent, un sourire arrogant et satisfait prit place sur les pétales de rose.
Le test était concluant, elle n'était pas morte. Même pas blessée. Elle décida qu'elle ferait désormais confiance à Harmantaro Silok, quel qu'en soit le prix. Il lui avait démontré son estime et son respect ; il avait gagné les siens, tout le temps où il ne la trahirait pas. Le mot qu'elle souffla alors dans l'éther était presque inaudible, mais pourtant excessivement lourd de dizaines de sens. C'était un mot de cire, un mot aux initiales de la Reine, un mot cadenas, un mot de sang, un mot de runes, un mot décisif, un mot de fin ; c'était le mot qui scellait définitivement leur accord.

" Merci. "

Elle pencha lentement la tête sur le côté, forçant la lame à se retirer d'elle-même tout en élargissant sa morsure sanguinolente. La plaie n'était que peu profonde, dans quelques minutes elle serait cicatrisée. Trauma-Nakan fit un pas en arrière et effectua une légère révérence, lame à la main, moqueuse et ironique mais pleine d'un respect ancestral qui n'était que très rarement accordé. Elle reconnaissait ainsi la puissance d'Harmantaro et leur alliance officielle, qui n'était cependant pas celle de leurs deux peuples mais bien celle de lui et elle, en tant qu'individus.

Se relevant doucement, elle reprit la parole de sa voix de cristal gelé.

" En ce cas, Seigneur Silok, le combat que vous me demandez ne peut guère s'effectuer ici. Voyez-vous, ce Dojo a déjà été détruit il y a quelques semaines et vient tout juste d'être réparé ; aussi préférerais-je vous combattre en un autre lieu, où nous pourrons nous affronter honorablement sans risquer de tuer les personnes alentour ou de détruire les bâtiments. Suivez-moi. "

Trauma-Nakan avança jusqu'au mur du fond, où étaient gravées, comme sur les colones et tous les murs du Dojo, d'étranges tracés cabalistiques. Cependant, à bien y regardre, ceux-ci semblaient différents... Ils étaient légèrement réhaussés d'argent, tandis que les autres étaient simplement gravés dans la pierre. L'Archange Sombre posa délicatement la main sur les runes, et prononça tout bas quatre mots. Si les trois premiers étaient en une langue étrange et oubliée depuis des siècles, le dernier mot était toujours utilisé par les Déchus, et elle savait qu'Harmantaro le reconnaitrait. Ozymandias.
Alors que roulait sous sa langue la dernière syllabe, les gravures se mirent à briller d'un éclat lointain et frémirent sous les doigts blancs de la Reine. Celle-ci retira sa main, et à l'instant où le dernier milimètre de peau quittait la pierre, le pan de mur où siégeaient les runes mouvantes se métamorphosa. Là où se tenait une seconde auparavant une solide paroi de marbre noir trônait à présent une chape d'Ombres évoluant doucement, comme sur la surface d'un miroir. Ce qui se trouvait del'autre côté était complètement invisible, masqué par les ombres.

"Nous sommes désormais trois à connaître l'existence de ce passage. Quatre, si l'on compte celui dont le nom ouvre le mur, et que vous connaissez probablement. Considérez cela comme un remerciement, en échange d'avoir fréné votre lame. Il me semble que les secrets les mieux gardés ont beaucoup d'intérêt pour vous. "

C'était la conclusion à laquelle elle était parvenue, en rassemblant les quelques informations qu'elle avait des Métamorphes et l'exemple vivant qui se tenait devant elle : ce qu'il désirait par dessus tout, c'était les Secrets ; ou un concept approchant, qu'elle n'était probablement pas en mesure de comprendre. A cet instant, elle ne pensait pas que cela fut vrai pour les autres représentants de sa race, mais seulement pour lui, leur Roi. Il était venu pour des informations, en donnait pour en avoir d'autres, comme un collectionneur. Cette caractéristique lui fit immédiatement penser à un trait commun avec une autre race, qu'elle croyait bien plus vieille et puissante, mais, oubliant les yeux reptiliens d'Harmantaro et réfutant inconsciemment une telle possibilité, elle l'abandonna de suite.
Elle lui fit signe de la suivre, et plongea dans les ténèbres mouvantes.

Aussitôt que le Métamorphe fut passé, le mur recouvra son aspect initial. Là où ils se trouvaient à présent était un escalier court mais très raide, qui donnait sur une pièce aux dimensions... Absolument incroyables. Il n'y avait rien dans cette salle creusée à même la roche au coeur du Pandémonium, sous le Dojo du Loup Noir, mis à part d'étranges pierres blanchâtres posées sur le sol et accrochées aux murs, diffusant une lumière uniforme qui baignait le lieu d'une atmosphère irréelle et presque malsaine. Il était impossible de dire sur quelle distance cela avait été creusé ; peut-être jusqu'au niveau de la Tour des Sombres, peut-être bien avant, peut-être bien après.
L'Archange Sombre descendit les escaliers, son manteau gris traînant derrière elle sur les marches, et avança d'une dizaine de mètres vers le centre de la pièce.

" Ce n'est pas moi qui ai construit cette salle. Elle était là, les pierres lumineuses aussi, lorsque l'on a commencé à bâtir le Pandémonium. Ymir Danhaka et moi avons gardé l'information secrète. Nous avons essayé d'interroger Ozymandias, mais, s'il savait quelque chose, il refusa de nous répondre. " Elle ajouta dans un sourire. " Qui sait, peut-être cette pièce était-elle destinée à vous accueillir. "

Elle enleva son manteau, qu'elle jeta un peu plus loin. En descendant du toit de la Tour des Sombres, elle s'était hativement vêtue d'un pantalon de toile noire, de hautes bottes de cuir réhaussées de genouillères de métal gravé de figures draconiques et d'un haut moulant, souple, à manches longues se terminant en mitaines. Une tenue entre l'habit de combat et celui d'entraînement ; son instinct avait bien choisi.
Elle s'impreigna un instant de l'immensité du lieu, de son ancestralité et de l'étrange et terrassant pouvoir qui s'en dégageait.

Puis, enfin, dans une joie non feinte, elle repartit à l'assaut, fondant sur son adversaire tel un délicat fantôme de cauchemar. Elle frappa d'estoc, mais avant qu'il ait pu risposté elle se fendit et passa sous la garde d'Harmantaro. Arrivée dans son dos, six mots franchirent ses lèvres dans un sourire.

" Déchire la Nuit et devient Lune... "
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Harmantaro Silok
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MessageSujet: Re: ...Ombre et Secret... [Pv Trauma-Nakan Strix]   Lun 6 Déc - 22:20

" Autre chose, je vous demande d'être aussi sérieuse que vous le pouvez durant ce combat, sans quoi vous allez mourir, Trauma-Nakan."

Fermez les yeux. L'acier fond sur l'albâtre, se rapproche en une course inexorable. Nul mouvement ne trahit la frayeur, nul doute n'est perceptible puisque vous avez déjà pris cette décision. Et vous savez. Un grain de métal odieusement acéré rompt la douceur exquise de votre peau, la déchire. Infime blessure par laquelle émerge une unique goutte de sang. La perle rouge glisse le long de votre cou et trace un sillon élégant. L'instant est d'une immobilité absolu, que vous rompez cependant. Vos paupières s'ouvrent sur la nuit où se reflètent mes propres flammes, et vous souriez de toute votre arrogance aristocratique. Le regard que je vous rend peut être également interprété comme tel. Un seul mot s'échappe, qui scelle notre pacte, porteur de hautes valeurs. Pour moi dénuées de sens.

" Merci. "

La déchu s'écarte et s'incline en une étonnante révérence armée. Je reste statique, observe ses mouvements et m'interroge sur la suite directe de ces événements que je puis qu'en partie prévoir. Elle reprend :

" En ce cas, Seigneur Silok, le combat que vous me demandez ne peut guère s'effectuer ici. Voyez-vous, ce Dojo a déjà été détruit il y a quelques semaines et vient tout juste d'être réparé ; aussi préférerais-je vous combattre en un autre lieu, où nous pourrons nous affronter honorablement sans risquer de tuer les personnes alentour ou de détruire les bâtiments. Suivez-moi. "

Je la regarde se diriger vers les colonnes, s'engager sous l'arcade et avancer jusqu'au mur. Des gravures, dans le style ostentatoire des déchu, symboles cabalistiques enchâsses les uns dans les autres en de longs arabesques torturés. Indifférienciables partout ailleurs, les courbes paraissent ici rehaussée de mince lignes d'argent qui scintillent doucement malgré la pénombre. La reine pose sa main sur les reliefs et prononce quatre mots distincts, et ceux la résonnent longuement dans l'espace comme si l'éther leur faisait écho. Je suis intrigué, presque surpris, en entendant ces sons mystérieux et vibrant de puissance issus d'une langue que je pensais oublié depuis longtemps. De l'Arcanique... le dernier mot est comme un glas qui affirme cette hypothèse. Ozymandias...
Je me rapproche, ma curiosité avivée, pendant que le pan de mur se métamorphose en chuintant. Le marbre lisse se fracture puis s'évapore, devenant surface mouvante d'ombre comme l'eau d'un lac troublé d'ondes sans fin. Un passage vers quelque nouveau secret dont j'ignore encore la nature.

"Nous sommes désormais trois à connaître l'existence de ce passage. Quatre, si l'on compte celui dont le nom ouvre le mur, et que vous connaissez probablement. Considérez cela comme un remerciement, en échange d'avoir freiné votre lame. Il me semble que les secrets les mieux gardés ont beaucoup d'intérêt pour vous. "

Voilà qui est tout à fait intéressant. L'altesse déchue semble s'approcher d'un de nos concepts fondamentaux, probablement sans en saisir encore l'étendue et les implication. Néanmoins, quelle créature étrangère le pourrait réellement. Nos esprits n'ont de vague ressemblance que les corps qui les enveloppent. Et en cela même, un monde entier nous sépare. Elle s'avance, plonge dans le nuage tourbillonnant, et à sa suite je m'avance. Une sensation indéfinissable me traverse un moment, puis je pose le pied sur une surface de pierre et pénètre dans un lieu à l'atmosphère glacé. La passage se referme derrière moi, m'enfermant en compagnie de ma dangereuse alliée. Un escalier s'étend devant moi, qui s'enfonce vers des espaces sous-terrains inconnus. Nous descendons, tous deux silencieux et sans aucun doute attentifs à chaque respiration de l'autre, évaluant et calculant ainsi que deux généraux avant une bataille acharnée. Les parois s'élargissent et nous avançons dans une salle creusée à même la montagne, si vaste qu'il m'est difficile d'en estimer les proportions. Des pierres blanches diffusent une lumière surnaturelle qui perturbent encore l'image que j'ai de ce décor, comme si l'ensemble pouvait générer une sorte d'illusion d'optique à grande échelle. Déroutant.

" Ce n'est pas moi qui ai construit cette salle. Elle était là, les pierres lumineuses aussi, lorsque l'on a commencé à bâtir le Pandémonium. Ymir Danhaka et moi avons gardé l'information secrète. Nous avons essayé d'interroger Ozymandias, mais, s'il savait quelque chose, il refusa de nous répondre.
Qui sait, peut-être cette pièce était-elle destinée à vous accueillir. "

Je n'ai pas la réponse à cette question. Le déchu Ozymandias connaissait des choses qui me sont encore aujourd'hui obscures et se garda bien de me les dévoiler. Il est désormais conscience en partie fondue dans la magie et ses pensées sont aussi opaques que les brumes d'hiver. Quel que fussent jadis ses intentions, elles sont et resteront inconnues, et fort maigres sont les chances pour lui et moi de nous rencontrer à nouveau sous les astres du monde...

Des énergies intenses s'agitent autour de nous. Elles se meuvent, impalpables, tels des brises fugaces porteuses de murmures. Il me semble que des myriades d'informations mémorielles gisent là, couvrant les surfaces rugueuses et imprégnant jusqu'à l'air que je respire. Des images soudaines s'imposent à moi en des éclairs fulgurants, des kaléidoscopes de couleurs hypnotiques accompagnés de voix aux paroles incomplètes. La signification m'échappe, et sous ces assauts de souvenirs extérieurs, je suis un instant étourdis. Je tâche de n'en rien laisser paraître et chasse méthodiquement toute onde parasite de mon esprit. Je me tourne enfin vers Trauma-Nakan, figure impassible à la splendeur de glace. Perçoit-elle les même phénomènes que moi... J'en doute. J'ai cependant la sensation qu'elle dit vrai, et qu'Ozymandias, s'il s'agit bien de lui, désirait en fin de compte, malgré nos divergences, me transmettre quelque chose...
Quelque chose qui justifie tout ceci ; un savoir d'importance...
Pillé, détruit, ou simplement effacé par le temps.

Perdu.


Aucune parole n'est nécessaire. Je me trouve face à d'avantage d'énigmes que je ne le pensais en entreprenant ce voyage, mais elles doivent encore attendre. La jeune déchu a rejetée son manteau, se dresse, lame au clair. Il est temps de transmettre la connaissance à travers les hurlements du métal et le balais mortel des êtres physiques transcendant les limites du corps et de l'esprit. Et tendant vers leur propre finitude. Un seul et unique instant, sans limites, en équilibre mortel sur un fil de soie dominant le vide.

Elle bondit, frappe en avant. Ma lame s'interpose dans un tintement aigu. La fine sihouette passe agilement sous ma garde, se faufile derrière moi. Et le sol vibre sous l'incantation.

" Déchire la Nuit et devient Lune... "

L'orbe crépitant de ténèbres incarnées rugit, effleure mon épaule talors que je m'écarte de sa trajectoire dans un mouvement à l'iréelle vivacité, roule sur le côté et me ramasse sur moi même, avant de bondir à nouveau. La sphère percute le murUn chuintement résonne, une lame droite emmerge entre mes doigts et je prononce la sentence en sifflant.

"Glisse, saute, esquive, danse.... et frappe !"

Je ne suis plus perceptible comme une structure unifiée. Paume, avant-bras, genoux, bottes et dague s'abattent en une tornade de coups à l'effrayante précision dont la violence peut ébranler n'importe quel adversaire jusqu'à achever sa vie d'une dernière attaque fulgurante.
Mais Trauma-Nakan n'est pas n'importe quel adversaire. Je continue sur ma lancée, enchaînant en quelques instants les techniques martiales les plus secrètes et les plus redoutables que pratiquent nos maîtres. Ma dague semble animée d'une vie propre, cherchant chaque faille dans la défense de la déchue, s'y engouffrant à chaque occasion avant de resurgir depuis une autre direction. Enfin, un bond magistral m'emporte quelques mètres plus loin.

« S'agit-il de la seule technique que vous connaissiez ? Ce genre d'attaque sera rarement efficace contre moi, tant que je dispose de suffisement d'espace pour esquiver. Ne me reservez-vous pas mieux ? Votre altesse...
Peut-être alors aurez-vous l'occasion d'en voir d'avantage de ma part. Tout en sachant qu'une part de notre contrat n'est toujours pas honnorée... 
Ceci est pour vous.»


Une lueur troublante se reflète dans mes iris.
Un leger craquement. Je place mon avant-bras à hauteur de mon torse, tandis que des aspérités inquiétantes apparaissent sur mon brassard. Elles transpersent la protection et s'orientent vers le visage de craie. Claquements secs successifs. Des épines osseuses longues comme des couteaux fendent l'air, cruels épieux avides de sang...
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